Une arrivée attendue

Il y a quatre mois, nous vous avons présenté le projet d’action de la Fondation Diaconesses de Reuilly en faveur des réfugiés. La Fondation, possédant des locaux disponibles en Charente-Maritime, a souhaité contribuer à l’accueil de cette population en détresse. Nous avons donc construit un projet d’accueil sur 2 sites : St Xandre et Etaules. Nous avons obtenu 30 places d’AT- SA (Accueil Temporaire - Service Asile) que le ministère de l’intérieur a réservées pour des familles se trouvant actuellement en Grèce et en Italie.


Alors que nous échangions avec la Préfecture sur ce projet, celle-ci nous a sollicités afin de mettre en place une action humanitaire pour quelques mois : abriter des personnes provenant de Calais et de Dunkerque dans les locaux disponibles que nous avons depuis peu à Corme-Ecluse.

Nous pensions que l’accueil de ces personnes si vulnérables serait immédiat ou presque… Entre temps, l’horreur des attentats du 13 novembre et le contexte géopolitique ont retardé les décisions de transfert de population étrangère.

Ce temps fut alors mis à profit pour préparer la venue d’hommes, de femmes, d’enfants qui avaient besoin d’un toit, d’un lit, de nourriture et de calme.

Un temps, qui a permis à l’équipe de la Direction Régionale du Sud-Ouest de la Fondation des Diaconesses de Reuilly, de recruter du personnel, de rencontrer la Préfecture et d’obtenir un prix de journée pour faire face aux coûts de cet accueil ; mais aussi de prendre contact avec les partenaires sociaux et de constituer une équipe de bénévoles sensible à ce public en détresse.

L’Association Emmaüs, Les Restos du cœur, des paroisses protestantes et catholiques, et de nombreux particuliers ont tout de suite répondu positivement. Ils ont, ainsi, apporté du mobilier, de la vaisselle, des vêtements, des bicyclettes... Le centre d’accueil et d’orientation (CAO)  était prêt à recevoir ses hôtes.

Ils sont arrivés le samedi  23 janvier 2015, une nuit, à trois heures du matin, après avoir parcouru en car un trajet qui leur parut sans fin : Dunkerque, Calais, Le Mans, Gétigny et Corme-Ecluse. A chaque arrêt, une dizaine de personnes descendaient du car. Un mois après, tous en parlent avec beaucoup d’émotion car l’information des autorités administratives n’avait pas été claire au départ et, dans la nuit, les craintes avaient pris le dessus… Mais le matin fut plus serein et chacun prit ses marques et put profiter de la qualité de l’accueil.

Est arrivé un groupe de 15 personnes qui ne se connaissaient pas, très disparate :

  • Certains, originaires du nord de l’Irak, d’autres d’Iran et d’autres encore du Soudan.
  • Une couple avec deux enfants de 5 et 7 ans, un jeune couple, un père et son fils, et des  personnes isolées.
  • Des chrétiens et des musulmans.
  • Des personnes qui parlent l’arabe, le perse, le kurde. Quelques-uns parlent anglais.

 

 

Entre attente et installation

Les résidents ont organisé leur vie quotidienne avec l’aide de Marie-Christine Gonda, référente sociale, et de Ludivine Rivière, volontaire de service civique de l’association VISA.

Ils préparent leur repas, font du sport, des balades, du jardinage…  Deux personnes vont aider le centre équestre voisin.

Une vingtaine de bénévoles se relaient tous les jours et proposent des activités diverses : cours de français, poterie, conversation, sorties à Royan. Les deux enfants sont scolarisés à l’école primaire du village.

Malgré tout,  le plus difficile pour eux, d’après Marie-Christine Gonda, est l’attente de leurs papiers, le manque d’argent, la langue. «  La plupart avait un métier, une maison, une voiture et ici ils n’ont plus rien, dit Marie-Christine. Je suis en admiration devant leur faculté à rebondir pour apprendre, s’adapter à notre façon de vivre, et le respect qu’ils y mettent. Ils sont très reconnaissants pour ce qu’ils reçoivent : on ne peut pas faire un geste sans qu’ils se précipitent, vous prennent le balai des mains. A midi, ils nous préparent à manger et nous demandent de nous asseoir. Ils essaient de rendre ce qu’ils reçoivent, c’est très touchant. »


 

 


Quelques tranches de vie

A. et M. sont jeunes mariés et habitaient Téhéran jusqu’en décembre 2015.  Qu’est-ce qui a motivé leur départ ? Des raisons politiques et religieuses, disent-ils, bien qu’ils ne souhaitent pas en dire plus. Ils sont protestants. A. travaillait dans une agence de voyage. Ils sont arrivés à Paris en avion, puis ont vécu un mois dans la jungle de Calais. Ils ont essayé de passer en Angleterre à 5 reprises.

D. est irakien kurde. Il était étudiant en philosophie et rêve de vivre en France dont il aime le système démocratique et les idées. De la raison de son départ, il ne dira rien. Il est parti en avion pour la Turquie, puis en bateau pour la Grèce, et enfin, a traversé l’Europe à pied et en train jusqu’à Dunkerque où il est resté deux mois sans pouvoir passer en Angleterre.

 

 

Portraits

Marie-Christine est référente sociale du centre. Elle a une grande expérience  auprès des demandeurs d’asile. Elle a préparé chaque dossier administratif des demandeurs d’asile afin que tout soit prêt à temps pour les rendez-vous avec l’OFII et la Préfecture. Attentive à la particularité de chaque groupe ou famille et à ses besoins spécifiques, elle est aussi soucieuse de la bonne entente de tous. Elle vient de mettre en place une réunion de « vie en communauté ».

Ludivine accompagne les résidents dans leurs rendez-vous médicaux, les conseille sur l’hygiène et l’alimentation. Elle organise les présences des bénévoles afin de répartir les actions de chacun sur les jours de la semaine et les week-ends en lien avec les personnes accueillies.
Elle est contente de pouvoir utiliser les compétences de sa formation de conseillère en économie sociale et familiale. Certains événements l’ont marquée : le premier très triste, quand l’un des résidents a évoqué la mort de deux amis tués en Irak et l’autre très joyeux, quand spontanément tout le monde a dansé sur une musique orientale.

Marie, assure depuis 28 ans l’entretien de la maison qui accueillait précédemment des personnes âgées. Passer de la prise en charge de personnes âgées à celle de personnes réfugiées, cela n’a posé aucun problème d’adaptation à Marie.

Chantal et Giulia, accompagnent  les personnes accueillies dans la gestion de la cuisine. Elles leur font découvrir des recettes françaises ainsi que les fruits et légumes de notre région.

La présence d’un veilleur de nuit permet de sécuriser le groupe.

Marie, Marie-Christine et Ludivine

 

 

Description du dispositif AT-SA

En partenariat avec le ministère de l’Intérieur et la Direction Départementale de la Cohésion Sociale de l’Aisne, la résidence Henri Vincent a développé des services d’hébergement et d’accompagnement pour les demandeurs d’asile. L’initiative émane d’une réflexion collective de l’ensemble de l’équipe de la résidence à la suite d’un constat simple : nous accueillions de plus en plus de personnes en demande d’asile sur nos places d’accueil d’urgence hivernale.


En accord avec les valeurs de l’association, nous avons tout d’abord recruté une assistante sociale ayant une expérience significative dans la démarche administrative de l’asile afin d’adapter notre accompagnement éducatif aux besoins du public accueilli.

Nous avons également rencontré chaque mairie pour préparer au mieux cet accueil.

Dans un second temps, avec le soutien de la DDCS, nous avons ouvert 17 places d’Hébergement d’urgence pour demandeur d’asile (HUDA) en octobre 2015. Depuis le 01 février 2016, nous avons ouverts 65 places d’Hébergement d’urgence pour demandeur d’asile de type AT-SA.

La résidence Henri Vincent accueillera 30 personnes dans des logements aménagés de type studio au T4.Quatre personnes travaillent sur ce service, deux éducatrices, Elodie et Lucie; un stagiaire, Serge, sous la supervision de M.Silva, chef de service.

 

Elodie, déjà salariée de l’association depuis juin 2014 sur le Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale de la résidence Henri Vincent a souhaité faire partie de ce projet et s’est positionnée sur l’ouverture du service HUDA. Après plusieurs années au service de la fondation Armée du Salut, son expérience dans l’urgence et auprès du public des demandeurs d’asile l’ont amenée à travailler à nouveau en HUDA depuis octobre 2015 puis sur l’AT-SA depuis février 2016.

Lucie, après plusieurs années auprès des Mineurs Isolés Etrangers au sein de l’association France Terre d’Asile a souhaité participer à ce projet afin de se spécialiser dans l’accueil des demandeurs d’asile venus de Calais. Elle a intégré l’ABEJ COQUEREL depuis le 15 Février 2016.


Quant à Serge, il accompagne Elodie sur le dispositif HUDA afin de valider son diplôme de Moniteur Educateur.

M.Silva, chef de service depuis 2012, et, formé sur l’établissement depuis 17 ans, supervise aujourd’hui tout le volet asile de la résidence Henri Vincent. Au fil des années, durant ses différentes fonctions au sein de l’ABEJ COQUEREL, M.Silva a développé ses connaissances concernant l’accueil et l’accompagnement en CHRS, en Accueil d’Urgence, et depuis quelques mois auprès des demandeurs d’asile.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Récit de vie d'un Syrien de 31 ans

Je suis Syrien, j’ai 31 ans et j’ai quitté mon pays depuis 5 mois. En Syrie, j’étais infirmier, je suis marié et ma femme attend notre premier enfant qui doit naître dans 1 mois.

Je vivais dans un village dans le sud de la Syrie et je travaillais à l’hôpital de la Région de Quneitra, jusqu’au jour où l’armée libre Syrienne a envahi mon village.

Je suis donc parti travailler dans une autre ville, j’étais logé au sein de l’hôpital, c’est ici que j’ai rencontré ma femme qui est docteur à l’hôpital.

Les conditions de travail sont très difficiles en tant qu’infirmier en Syrie, depuis le début de la guerre, 60% des employés de l’hôpital ont quitté leur poste sous les balles et les menaces du régime Syrien qui n’hésite pas à nous frapper et nous torturer lorsqu’ils perdent un soldat que nous n’avons pas pu soigner.

J’ai été accusé de faire de la contrebande de médicaments aux profits de l’armée libre syrienne, j’ai été incarcéré 10 jours par les services des renseignements généraux pour cela. Nous étions nombreux dans la cellule, nous avions très peu de place. Je n’ai pas vu la lumière du jour pendant les 10 jours de mon incarcération.

Je suis également recherché pour effectuer le service militaire pour le régime de Bachar Al Assad. Je devais donc quitter mon pays car la situation devenait trop dangereuse pour moi.

Mon chemin pour la France a commencé le 29 octobre 2015, je suis parti seul, sans ma femme qui attend un enfant et qui n’aurais pas supporté ce long  voyage.

Je suis passé par la Turquie, puis j’ai pris un bateau pour traverser jusqu’en Grèce en Zodiac.

La traversée a duré 3 heures, nous étions 35 personnes, parmi nous 8 femmes et 5 enfants. Le Zodiac mesurait environ 7 mètres. La traversée s’est faite sans incident, nous avons été chanceux, la mer était calme. Nous sommes arrivés sur l’île de Mytilène où nous avons été accueillis par la Croix rouge.

Je suis resté 3 jours sur l’île de Mytilène avant de prendre un bateau pour la Grèce puis un bus pour la Macédoine et la Serbie, puis en  Croatie et enfin en train par la Slovénie jusqu’en Autriche.

Arrivé en Autriche j’ai pris un bus pour l’Allemagne, puis finalement un train vers la France le 16 novembre 2015. Je suis arrivé à Paris, puis j’ai pris un train pour Calais.

A Calais, je suis resté 3 mois dans la jungle, c’était très difficile mais je souhaitais aller jusqu’en Angleterre, je parle anglais, cela aurait été plus facile pour moi.

Au bout de 3 mois j’ai décidé de demander l’asile en France, car il est impossible aujourd’hui de passer en Angleterre, et je ne pouvais plus rester vivre dans la jungle de Calais.

Depuis le 9 février 2016, je suis accueilli dans un logement autonome au sein de la résidence Henri Vincent. L’équipe éducative m’accompagne dans les démarches administratives et de santé.