L'éthique et les Diaconesses de Reuilly


 


 

Depuis bientôt 170 ans, les Diaconesses de Reuilly ont tenté d’accorder les valeurs et la foi en Jésus-Christ qu’elles professent à leur approche concrète des femmes et des hommes dont les circonstances les ont amenées à prendre soin. Avec celles et ceux qui sont engagés
professionnellement ou bénévolement dans la Fondation Diaconesses de Reuilly, elles poursuivent aujourd’hui une recherche éthique qui ne signifie pas relativisme mais dynamisme, attention, sollicitude et responsabilité.


Les valeurs auxquelles se réfère l’action de la Fondation Diaconesses de Reuilly se résument en quelques mots-clés : ouverture et hospitalité, parole et dignité, compétence et bienveillance, respect et limites, innovation et institution.


La Fondation Diaconesses de Reuilly a un champ d’intérêts et d’engagements assez vaste. Ainsi en a décidé son histoire liée à celle du protestantisme français, minoritaire et dispersé sur l’ensemble de l’hexagone. Elle s’est dotée d’un comité d’éthique en lien avec son Conseil d’administration. Néanmoins, il est essentiel pour elle que les valeurs qu’elle prône soient réellement déclinées au quotidien dans ses établissements. Ce sont elles, en effet, qui permettent d’orienter, de soutenir et de border son action. Réflexion et action se nourrissent réciproquement.


La question éthique est profondément humaine. Elle nous fait réfléchir sur nos désirs, sur nos peurs, sur les limites dont nous avons besoin pour nous humaniser, sur le sens de nos pratiques et de notre vie.


Aborder l’autre – collègue, résident, patient, étudiant – non comme un objet mais comme une personne dans sa globalité est le chemin sûr sous les pas de notre démarche. L’accueillir dans sa spécificité et le respect de ses valeurs devient alors possible.


Devant toute situation, nous attachons une grande importance à la parole qui humanise, qui apaise, qui éclaire le discernement, parole qui allie écoute, présence silencieuse, espace offert au respect et à la reconnaissance.


Dans nos domaines d’action, le coeur des questions éthiques est la souffrance : souffrance familiale, psychique, sociétale des enfants et des jeunes adultes accueillis dans nos établissements d’éducation spécialisée, souffrance parfois plus secrète de la personne âgée dépendante physiquement et/ou psychiquement, ou de la personne dans le coma. Se posent aussi les questions existentielles, suscitées par toute situation de vulnérabilité, y compris à l’égard des salariés et des étudiants en formation. Le soulagement de la souffrance, le soulagement de la douleur, la résolution des conflits appellent un consensus toujours délicat à établir. Les outils de réflexion dont nous nous sommes dotés sont d’utiles points de repères. Ils nous ramènent néanmoins toujours à l’humilité et à un travail sur le rapport à nos valeurs fondatrices.


Accompagner la vie est notre propos fondamental. La vie est-elle un droit ou un don ? Ce que l’on définit comme étant la vie a une coloration culturelle, philosophique, religieuse que nous nous devons de prendre en compte. L’accueil de la vie peut engendrer des situations de détresse complexes. Par ailleurs, la vie peut être maintenue artificiellement grâce aux techniques médicales. Dans les deux cas, l’attention portée au patient et à sa famille est une composante particulièrement importante de la démarche éthique qui va éclairer la décision que le professionnel devra prendre tout en sachant que le bon n’est souvent que le moins mauvais.


La volonté de la Fondation Diaconesses de Reuilly est de transmettre un esprit qui imprime sa marque aux savoir-faire et aux compétences des professionnels engagés dans ses établissements lesquels sont d’abord des lieux de vie. De la propreté et de l’hygiène à la beauté des lieux, de la qualité d’un accueil chaleureux à la détermination des priorités de gestion, de la réflexion lucide sur les chois des instances politiques à l’élaboration toujours constructive d’un service public, c’est une même visée de l’être humain qui inspire notre engagement. Cet engagement est exigeant.


La transmission de cette visée se fait pour une part dans nos établissements d’enseignement. Elle se fait aussi par le groupe de recherche dans lequel directeurs et membres de la Communauté échangent quatre fois par an sur toutes les questions qui viennent d’être évoquées : lieu de liberté en même temps que lieu de repères pour baliser le
parcours.


D’autres lieux de parole jouent un rôle déterminant particulièrement dans le domaine des soins palliatifs ; parole qui permet de tendre au consentement le plus explicite possible, qui conserve à la personne sa dignité de sujet, qui évite que des décisions importantes se décrètent seul. Nous souhaitons que chacun s’associe à ce savoir vivre ensemble : il est à construire tous les jours.


Nous essayons d’éviter, sans toujours y parvenir, que la démarche éthique se réduise à un catalogue d’idées généreuses qui nous donneraient bonne conscience. Nous faisons en sorte qu’elle imprègne l’ensemble de nos pratiques et forge une communauté de travail et de vie, une véritable culture d’institution.


Soeur Evangéline

Pour le CA, 6 juin 2011