L
orsque s'incline le Serviteur pour travailler la terre.
Lorsque s'incline le Serviteur pour écrire le pardon de la femme adultère.
Lorsqu'en pleine tempête il dort.
Lorsque ivre de fatigue Il s'assoit sur le puits.
Lorsque devant la mort je le vois plein de larmes.
Lorsque sur un enfant se pose son baiser, Je sais qu'Il est l'Elu, le Bien-Aimé et je me pose auprès de Lui, là, là pour rien, simplement pour qu'il me reconnaisse...
Peut-être me reconnaitra-t-il comme l'un des siens ?
Peut-être m'apercevra-t-il dans la foule, et me fera-t-il un signe de Sa main ?
Voici, je suis cette terre brute qu'Il foule de Sa Lumière, qu'Il éclaire dans les nuits.
C'est moi le roseau froissé, qu'Il ne brisera pas. Je suis l'homme attaqué par les brigants, laissé à demi-mort et en passant c'est moi qu'Il a porté et le poids de ma blessure a pesé dans ses bras. Je suis le possédé muet aux multiples terreurs dont Il a fait sortir la haine, rassuré les frayeurs, sans me broyer sous Sa Sainteté, sans m'écraser sous sa Grandeur.
Je suis cette mèche qui faiblit mais qu'Il n'éteindra pas car Il m'aime et ma clarté passante a du prix à Ses Yeux. Le vent me l'avait prise, à moins que ce ne soient les pleurs, et ne demeurait plus qu'un peu de fumée bleue en attente de souffle.
Oui, je suis la lampe qui ne guide plus le frère et ne montre plus le seuil de la maison, mais Il est venu allumer un feu sur la terre et comme Il lui tarde que jaillissent en moi ses flammes. Je suis une île au milieu des flots, qui donc m'abordera, sinon Celui qui marche sur la mer ? Qui viendra annoncer à moi aussi, la justice et rassasier de pain les faims inconsolables ? Quand se lèvera ce Soleil qui fait partie de Dieu et porte la santé dans Ses Rayons ?
Je l'attends et j'espère, et pour Lui je hisserai la grande voile blanche des jours de grande paix.
Que vivre la terre que je suis, l'Adam de glaise...
Qu'Il l'affermisse et la modèle ainsi qu'au tout début d'un monde. Oh, qu'Il prenne ma main et m'emmène où Il veut, pourvu qu'Il soit là; pourvu que ce soit avec Lui, derrière Lui, dans son Ombre, pourvu que ce soit Son Choix, Son Désir. Ah, être à jamais Son serviteur, m'incliner comme Lui pour écrire les pardons et baiser les petits, ouvrir les cachots que je peux et n'enfermer personne ; faire alliance avec chacun, chacune, et n'en rompre aucune, faire régner, là où sont mes pas, ce peu de Royaume qui lui ressemble ; chasse les ténèbres est encore possible, si c'est du dedants que Son Esprit éclaire et que sa vie triomphe. Elever vers Lui mon chant et lui offrir mon huile...
Le chant du Serviteur, et entendre enfin un Jour nos voix qui se répondent !
Soeur Myriam